« La chèvre »
On m’appelle « la chèvre ».
Je n’ai de chèvre que le vibrato bêlant
Qui vous fatigue tant quand en chantant
Je fais vibrer votre air sur mes lèvres
On m’appelle « la chèvre »
Car paraît-il je n’ai pas de chance
Je casse tout par inadvertance
Surtout ne m’approchez pas, pas même en rêve
On m’appelle « la chèvre »
Et je vous transmets mon sortilège.
Je porte la scoumoune, la poisse
L’herbe ne repousse pas là où je passe.
On m’appelle « la chèvre »,
Je vous dérange autant que vos diatribes vous arrangent
Je vous demande seulement une trêve
Le temps de retrouver mon trèfle…
Flouff

Les près sans colchiques mais avec du fric
Un jour, le soleil rieur m’a baladé,
Par la main, m’emmenant au Près ;
Quartier urbanisé, rempli de toute beauté
Montrant les gens, il m’a chuchoté :
« M’en fous de leur paraître,
Parodie de vie, la vraie à ce qui paraît,
Celle qui peut s’acheter, en toute impunité,
Aux rayons cosmétiques de leur supermarché.
M’en fous de ce bien être,
Affiché, affalé à la terrasse des cafés branchés,
Mieux être en barquette qu’il suffirait de paître
Au Bon Marché, le pré de tous ces bovidés. »
Eberlué, Ebahi par tant de conneries,
Chauffé par ces diatribes solaire,
Eclairant, une part de vérité ; horrifié,
J’ai du me résoudre à formuler cet avis :
Conditionnés dans cette cité « papier mâché »,
Leur vie rêvée est en fait un décor de ciné,
Illuminé, Echafaudé par la monnaie,
Où la scoumoune n’a plus droit d’entrée.
Franco

Vade me cum

Aux aubes mortes des matins passés
Vivaient les braises de nos adieux
Les périscopes éteints aux yeux braisés
En sous-marins des cieux odieux

Elle est morte sa bouille poupon d’ange
Que pissent les crotales vieillissants
Les yeux gavés des fanges
Des marais qui bouillonnent au levant

Des godets aux tasses décantées
Des whiskies de l’Ecosse ancienne
Où l’on lit dans les écorces échevelées
Le bistre des vaigres puritaines

Vaillances débusquées des vits grinçants
Un fantôme très antique qui me hante
Les délivrances des pulsions grisonnantes
Surgissant encore des glaciers émergents

Va donc au-delà de ces océans
De béjaunes goguenards gavés d’espoirs
Me chercher celle qui en son temps
Cumulait les offices de mes messes noires

Qui me délivre ces pensées en ma cervelle batelantes ?
Car par delà les romantiques épures
Je vois un entassement de carcasses suintantes
Vomissant un liquide amer et impur

Et les ravages des barbares avinés et ravalés
Des hordes innombrables et qui labourent mon âme
Dans un chant comme un champ dépravé
Dans cette cadence née du clapotis grinçant des larmes

Et l’ignoble ressac de leurs diatribes vénéneuses
Qui me perçaient telles des odieux serpents
M’auraient perdu comme une vilaine danseuse
Qui m’hypnotiserait d’un éclair lactescent

Puis me voilà bercé dans un roulis nacré
L’image imprimée dans la rétine
Comme un de leurs foutus chants sacrés
Un sein oblong en guise de tétine

Je vois le Mort qui hier haranguait
Les foules visqueuses en bestiaux honteux
Un ancestral troupeau de clampins aux aguets
Pareils à ces cafards aveugles et comateux

Qui nagent et folâtrent dans mes chairs
Me brûlant comme des embruns d’éther
Et à mes basques la persistante scoumoune
En ses airs obsédants de vieux chant pachtoune

Adieu donc les matins indolents
Les satins enivrants, les soupirs d’enfants.
Bonjour donc scrutations éternelles, râles affreux
Déments satyres et démons ténébreux.
MAL

« Je me lève et je te bouscule »,
Tu te retournes en grommelant,
Enfin dans un premier temps …
Car, en un éclair tu m’insultes de crapule !

Ce n’était pourtant qu’un geste maladroit,
Et un hasard à la fois,
Mais tu commences ta diatribe, insipide,
A parler de toi, de moi, et des lipides …

Un régime sévère s’annonce,
Pas pour ta ligne, mais pour ma conduite,
Ah maudite Aphrodite !
De l’amour je n’en recevrai plus une once !

Si on était au bled je dirai que ça sent la scoumoune,
Malheureusement ici on parle Larousse et Bescherelle,
Et avec le vocabulaire pas de bagatelle,
Même si je me permets de te dire que je suis tristoune !

Cette fois je me lève, pour ne plus revenir,
C’est la fin de notre bel avenir,
Je constate avec peine le gâchis,
De nous deux à jamais plus réunis !

On aurait pu vivre une belle vie,
Avec enfants et amour pour la vie,
Malheureusement notre histoire s’étiole,
Et nous sommes devenus deux vieilles bestioles…
Rom

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